Le roman "C'était ça ou mourir" de Thélyson Orélien, lauréat du Prix du roman Fnac 2026, a été au cœur d'une polémique nationale après des accusations d'utilisation de l'intelligence artificielle et de plagiat. Retour sur une affaire qui questionne notre rapport à la création littéraire.
L'affaire Thélyson Orélien : quand l'IA s'invite dans la littérature
Le romancier canado-haïtien Thélyson Orélien a connu, en cette rentrée littéraire 2026, un parcours fulgurant : du succès critique à la consécration, puis à la polémique nationale. Son premier roman, "C'était ça ou mourir", publié aux éditions Grasset, a remporté le Prix du roman Fnac 2026 avant d'être au cœur d'une tempête médiatique sans précédent.
Le phénomène littéraire
Né en 1988 aux Gonaïves (Haïti), Thélyson Orélien est un écrivain québécois installé en France. Son premier roman, "C'était ça ou mourir", paru le 19 août 2026, raconte l'exil d'un professeur d'histoire et de géographie. Le livre a été immédiatement salué par la critique et par le public : 35 000 exemplaires vendus en quelques semaines, des traductions attendues, et une présence dans les sélections des plus prestigieux prix littéraires de l'automne : Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis, Décembre.
Le 21 septembre 2026, le roman remporte le Prix du roman Fnac, attribué par un jury de 800 libraires et adhérents. C'est la consécration pour cet auteur qui a commencé à écrire ce livre à l'automne 2017 et en a achevé le premier jet en 2019.
Les accusations d'utilisation d'IA
Le jour même de cette récompense, un compte X anonyme baptisé "Balance ton Claude" publie une accusation retentissante : le roman aurait été "rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle". Pour étayer cette affirmation, le compte avoir soumis vingt passages du livre au logiciel Pangram, un outil de détection d'IA né à New York en 2023.
Les résultats affichés sont saisissants : entre 95 % et 100 % de probabilité d'IA selon les passages testés. Le compte va jusqu'à calculer que la probabilité de vingt faux positifs serait de "0 suivi de 85 zéros après la virgule".
La contre-enquête et les divisions
L'affaire prend une ampleur nationale. Les réactions sont partagées :
- France Inter utilise également Pangram et estime la probabilité de recours à l'IA entre 95 et 100 %.
- L'AFP soumet les mêmes passages à huit détecteurs différents : deux concluent à une forte probabilité d'IA, trois à une origine humaine, et trois restent incertains (de 7 % à 59 %).
- L'outil de vérification de l'AFP estime que les passages ont été "très probablement écrits par un humain".
Les détecteurs d'IA, malgré leur sophistication, ne sont pas infaillibles. Ils peuvent produire des faux positifs, notamment avec certains styles littéraires qui se rapprochent des patterns statistiques de l'IA.
Les accusations de plagiat
La polémique s'élargit lorsque des médias canadiens révèlent des accusations de plagiat concernant des textes antérieurs de l'auteur. La Presse et Radio-Canada démontrent que plusieurs textes publiés par Thélyson Orélien dans les années 2010 contenaient des passages empruntés à d'autres auteurs :
- Une chronique publiée dans La Presse en 2012 serait une traduction légèrement remaniée d'un article du philippin The Philippine Star.
- Une nouvelle ayant remporté un prix de Radio-Canada en 2012 contient des phrases tirées du livre "Le matin des magiciens" de Louis Pauwels et Jacques Bergier (1960).
- D'autres textes publiés dans le HuffPost Québec ou sur des blogs présentent des similitudes avec des œuvres existantes.
Les réactions de l'auteur et de l'éditeur
Thélyson Orélien dément fermement les accusations d'utilisation d'IA. Dans un communiqué transmis par Grasset, il défend son style :
"J'ai commencé à écrire C'était ça ou mourir à l'automne 2017 et j'en ai achevé le premier jet en 2019. Je viens d'une tradition littéraire haïtienne et caribéenne où la poésie, les images, les répétitions et le rythme portent une parole vivante. On peut discuter de mon style, mais faire de ses procédés des preuves d'intelligence artificielle n'a rien à voir avec la critique littéraire."
Il dénonce également des attaques racistes : "Depuis mon arrivée récente en France, je subis de nombreuses attaques racistes, qui ne viennent pas des lecteurs mais de personnes extérieures qui cherchent à me nuire."
Les éditions Grasset apportent un soutien sans réserve à leur auteur, qualifiant les accusations de "fake news" et de "théorie du complot". L'éditeur met en cause la fiabilité des détecteurs d'IA : "Ces outils censés reconnaître l'IA sont eux-mêmes des IA qui fabulent que la Bible a été écrite artificiellement."
La décision de l'Académie Goncourt
Le 25 septembre 2026, l'Académie Goncourt annonce le retrait du roman de sa sélection pour le prix Goncourt 2026. La décision est justifiée par :
- "les plagiats dont l'auteur s'est rendu coupable au fil du temps et qui viennent d'être révélés"
- "le résultat convergent de plusieurs analyses de chercheurs et journalistes dignes de foi mettant en évidence le fait que C'était ça ou mourir est selon toute vraisemblance très largement le produit d'une intelligence artificielle"
L'Académie affirme vouloir "préserver l'intégrité du prix" et "envoyer un message clair" contre la création de textes générés par l'IA.
Les conséquences
Les conséquences sont immédiates et lourdes :
- Éditions du Boréal (éditeur canadien) : suspension de la tournée promotionnelle.
- Salon du livre de l'Estrie : Thélyson Orélien retiré de la programmation comme invité d'honneur.
- RFI : annulation de sa venue sur le plateau d'une émission.
- Prix Goncourt : élimination de la compétition.
Pourtant, le livre continue de se vendre. Dans les Fnac, il reste en rayon et les vendeurs n'observent pas de changement du comportement des clients.
Un débat de société
L'affaire Thélyson Orélien dépasse le cadre littéraire pour toucher à des questions de société :
- Fiabilité des détecteurs d'IA : les outils de détection produisent des résultats divergents et invérifiables.
- Liberté de création : où s'arrête l'assistance IA et où commence la triche ?
- Diversité et représentation : certains voient dans cette affaire une dimension raciste, l'auteur étant un homme noir, haïtien et étranger.
- Presomption d'innocence : l'Académie Goncourt a agi sur la base de soupçons, sans preuves irréfutables.
À retenir
L'affaire Thélyson Orélien illustre les tensions entre tradition littéraire et innovation technologique. Elle soulève des questions fondamentales : comment définir l'authenticité d'une œuvre à l'ère de l'IA ? Quelle place pour les styles littéraires qui s'écartent des normes dominantes ? Comment concilier innovation et préservation du patrimoine culturel ?
Qu'il ait eu recours à l'IA ou non, l'auteur reste un écrivain talentueux dont le livre a touché des milliers de lecteurs. La polémique, elle, ne fait que commencer.
Sources
- Franceinfo - Affaire Thélyson Orélien : écrivain accusé d'avoir utilisé l'IA
- France Culture - "C'était ça ou mourir", écrit avec l'IA ? Ses accusateurs s'expliquent
- Le HuffPost - C'était ça ou mourir, phénomène de la rentrée littéraire
- BFMTV - Le phénomène littéraire de la rentrée soupçonné d'avoir été écrit par l'IA
- RFI - Littérature : le livre de Thélyson Orélien sorti de la sélection du Goncourt
- La Presse - C'était ça ou mourir | Thélyson Orélien rattrapé par un passé de plagiaire
- Slate.fr - Thélyson Orélien a-t-il écrit son roman avec une IA ?
- Fnac Darty - Thélyson Orélien lauréat du prix roman Fnac 2026
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